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03/03/2020

Saul Leiter, le piéton magnifique

Photographe américain de mode et de rue, Saul Leiter magnifie les trottoirs et les vitrines comme personne.
Oeil béni, jongleur de reflets, merveilleux flâneur, il donne à voir la ville à travers l’objectif de ses yeux.
Il a déambulé dans le même quartier de New-York pendant plus d’un demi-siècle.
Au cours des explorations urbaines de ce blog, je dois parfois me rendre à l’évidence : certains sujets doivent être traités de façon plus sérieuse, parce que le sujet impose le respect. Et quoi de plus important que la photographie de Saul Leiter ? Parmi les grands observateurs de la rue, comme Robert Frank, William Klein, Elliot Erwitt ou Cartier-Bresson, je place le photographe Saul Leiter à part
Un peu au bord du trottoir, visible seulement dans un reflet de vitrine (qu’il affectionnait particulièrement de capturer avec son appareil-photo). Il a déambulé dans le même quartier de New-York pendant plus d’un demi-siècle, capturant des femmes et des hommes qui avaient l’air de mannequins, mettant en scène des mannequins qui avaient l’air de passants.  


La rue est son studio photo


Photographe de rue et photographe de mode (pour le magazine Harper’s Bazar et Esquire) il était les deux. Il utilisait la couleur autant que le noir et blanc et excellait à faire vibrer l’image. La rue est son studio, il se tient comme un observateur derrière une vitre embuée, il saisit au vol la foulée d’une femme dans un miroir, il cherche les visages dans une fente de palissade.
« L’appareil-photo lui offrait une façon différente de regarder, capturer un évènement et interpréter la réalité. Il cherchait des moments de calme humanité dans l’agitation de Manhattan », écrit l’auteur Martin Harrison. 
 
Discret, il a aimé l’anonymat de ses déambulations, « j’ai passé une grande partie de ma vie dans l’anonymat. Ça me rendait heureux. Etre anonyme est un grand privilège. C’est ainsi, je crois, que j’ai appris à voir ce que les autres ne voient pas et de réagir différemment aux situations. Je regardais simplement le monde, sans m’attendre à quoi que ce soit ».
En se plongeant dans ses photos, je deviens avec Saul un piéton discret, j’entre dans une profondeur ignorée de la ville, une quatrième dimension à laquelle il a accès et dont il m’entrouvre les portes.
« Je n’essaye pas de transmettre la moindre idée philosophique puisque je ne suis pas un philosophe. Je suis un photographe. C’est tout. »

Adepte de la photo-mobilité !

 
J’ai retenu cette belle description des photos de Saul Leiter par l’auteur de cet article  :
« perspectives décentrées, espace compressé, une prédilection à briser le cadre de façon inattendue ».
Nous tenons là presque une définition de la micro-mobilité urbaine : quand on change de mode de déplacement, on décale son regard sur la ville, on change de point de vue, on adopte une autre vitesse, au soleil, dans la neige ou sous la pluie... comme les sujets de Saul Leiter.
Suivons sans crainte ce piéton magnifique, adepte de la photo-mobilité, pour qui les chaussures et la veste imperméable sont l’outil indispensable du photographe.  

Texte : Guillaume Desmurs
Photos : Saul Leiter
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