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10/02/2020

Les lignes de désir sillonnent la ville

On connaît les lignes de métro, de bus… mais on trouve aussi les lignes de désir. Un beau nom poétique qui désigne ces raccourcis non prévus par l’urbanisme. Ces lignes font fi des trajectoires imposées, coupent à travers et redessinent la ville à chaque pas. Une carte personnelle de transports hors du commun. 
Elles révèlent l’humain imprévisible dans la ville rationnelle.

Inventer son espace

 
J’ai cru d’abord qu’il s’agissait d’une ligne de tramway (nommée désir) ou d’une installation d’artiste injectant du désir dans la rigide texture urbaine.
 
En réalité, la ligne de désir est un terme d’urbanisme tout à fait officiel qui désigne les itinéraires officieux que nous empruntons dans nos déplacements urbains, les lignes les plus directes que l’urbaniste n’avait pas prévu. Elles révèlent l’humain imprévisible dans la ville rationnelle. On parle de sneckdown quand la neige les révèle pour les cyclistes, les patineurs et les piétons.  On a tous coupé à travers un parc pour aller plus vite, sans suivre les chemins pavés. 

On a tous suivi les raccourcis qui font gagner douze secondes sur le trajet parce qu’ils sont tellement évidents… à travers des ronds-points, des accotements, des buissons, des parkings, car il est plus logique de couper par là plutôt que de suivre docilement le trottoir. Par les lignes de désir, on s’échappe des chemins imposés et, sans s’en rendre compte, on innove : on secoue le dessin trop rigoureux de la ville. On invente notre espace, pas à pas, grâce à cette chorégraphie du mouvement ainsi que les vêtements qui vont avec, modulaires et incarnant un certain équilibre.
 
 
 
 
 

Trajets invisibles et personnels 
 
Je feuillette souvent le passionnant blog “Dérive Zonale”. Il cite cette définition de Sonia Lavadinho : une ligne de désir est 
« la courbure optimale du tracé qu’un piéton laisse dans son sillage lorsqu’il est totalement libre de son mouvement. […] Les lignes de désir sont constamment contrées par d’autres forces… (véhicules, aménagements urbains) […] Il existe par ailleurs une tension forte entre les désir des concepteurs […] de canaliser le piéton au sein de lignes de forces désignées qui lui sont spécialement dédiées, et le désir des piétons eux-mêmes de pouvoir aller où bon leur semble, en utilisant toutes les ressources des multiples espaces à leur disposition ». Le bon sens en mouvement !  
 
De ces lignes de désirs, nos déplacements urbains en sont remplis : traverser un carrefour hors des passages piétons pour rejoindre le coin de la rue, prendre la tangente d’un rond-point parce que le trottoir n’a visiblement pas été imaginé pour les jambes des marcheurs, prendre la perpendiculaire entre deux buissons car le prochain passage piéton est bien trop loin.
 
On pourrait s’inventer une traversée de Paris par nos lignes de désir ? On pourrait imaginer des cartes reprenant les plus belles lignes de désir. Car on les trouve aussi à Brasilia, Détroit et Montréal.
La ville est traversée des ces lignes car chaque piétonpatineur en trottinette ou pédaleur à vélo a les siennes, dessinant de façon invisible des trajets urbains uniques. Comme le ciel a une aérologie invisible (les vents, les thermiques et les brises), la ville a ses lignes de désirs cachées sous sa peau. En les observant, on retrouve le piéton magnifique qui prouve que tous les chemins mènent à l’homme.
 
Texte : Guillaume Desmurs
Photos : Le Monde, Medium, The Guardian
 
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